mardi, janvier 29, 2008

Chronique de Salles d’attente N.3 : Dans le brouillard

(janvier)
Cela fait des heures que je suis là, dans la grande salle de l’entrée. Les examens se sont succédés depuis plusieurs jours mais je vis dans le brouillard. Est ce parce que l’oncologue m’a prescrit un anxiolytique ? Sûrement… Cela faisait plusieurs mois que je me réveillais le matin vers 3-4 h avec une angoisse indescriptible. Un flot d’angoisse pur celui qui fait accélérer les pulsions cardiaques et tient les yeux bien ouverts, comme si se rendormir était la pire des choses, là où on retrouve les cauchemars et la mort. Pour moi il s’agit d’une banale dépression réactionnelle.

Je n’avais jamais de ma vie acceptée de psychotrope, j’ai toujours considéré que mon mental devait faire son chemin, mais là je me suis retrouvée devant un dilemme.
Mes premiers travaux de recherche étaient justement sur les relations entre le stress et le système immunitaire. Un excès de stress dégrade notre système immunitaire aussi sûrement qu’un coup de massue fait mal, cela ne fait aucun doute pour moi. J’en ai regardé les mécanismes intimes, le lien entre l’adrénaline, les interleukines et la production du facteur de nécrose tumorale. Bon j’arrête de vous parler chinois. Disons que j’ai la conviction profonde qu’un stress élevé et prolongé est une mauvaise chose pour les défenses immunitaires de mon organisme. Or je me trouvais devant un stress évident que j’ai essayé de réguler de façon naturelle en vain pendant plusieurs mois. Après c’est un engrenage infernal, le manque répété de sommeil qui diminue ma lucidité et ma capacité à encaisser ce qui augmente le stress, ce qui diminue le sommeil etc etc.

Première réaction : aller plutôt voir un psycho-oncologue et régler cela sans médicaments. Mais les RDV sont très durs à avoir, plus d’un mois de délais. On dirait bien que la psychologie est le parent pauvre de l’institution, là encore… Donc je me sentais coupable de ce stress que j’imaginais contribuer à aggraver allègrement la maladie en dégradant mes défenses. Donc j’ai accepté cet anxiolytique pour arriver à dormir et récupérer le contrôle…

Mais dans un premier temps cette aide m’a plongée dans le brouillard. Il m’a fallu quelques jours avant que je ne réagisse en divisant par 2 (puis par 4) et en limitant au coucher les doses qu’on m’avait prescrites.

Pendant ces jours, j’ai passé des examens médicaux comme ma première scintigraphie (la scintigraphie cardiaque) tel un fantôme dans les couloirs. Je n’ai rien noté, je n’ai rien lu, je suis juste resté hébétée à attendre qu’on vienne me chercher. Imaginez, je n’ai PRESQUE PAS POSE DE QUESTIONS ! De la scintigraphie cardiaque je me rappelle vaguement qu’il y avait un infirmier (était ce bien un infirmier ?) très sympa. Vous en ré-entendrez parler alors je vous dit tout de suite que sur ce Blog il s’appellera « Tintin ».

Revenons à la situation présente, cela fait donc longtemps que je suis là, j’ai eu un examen avant mais je ne me souviens pas lequel était ce. Là je sais ce que j’attends, j’attends mon mari qui va m’accompagner à l’échographie abdomino-pelvienne. Je le sais parce que cet examen en particulier est celui dont les résultats me font le plus peur. Je suis seule, je me suis installée en face de la porte de façon à guetter l’arrivée de mon chum. Hier et ce matin j’ai tout oublié de faire, de téléphoner à ma mère, de prendre mes lunettes, de prendre le téléphone portable, d’écouter mes messages, de prendre des RDV... Je commence à réaliser que je suis dans le brouillard. Cela dit, je dors… Avec ce fameux comprimé je « comate » même, il à fallu me réveiller à 8h, j’avais la tête lourde et les idées épaisses. Malgré tout j’ai fait ce matin une chose tellement importante qu’elle a pu me faire émerger du brouillard : j’ai préparé des affiches « chat perdu » que mon chum collera ce soir dans le quartier. Ma chatte adorée a disparue depuis plusieurs jours…
Je me sens telle un fantôme parmi les autres fantômes de cette salle et les chroniques de salles d’attentes me semblent surhumaines.
Ouf, voilà mon chéri.

4 commentaires:

Louve a dit…

Tes chroniques sont merveilleuses de précision et de naturel... Tu sembles être tombée sur de bons praticiens, qui tendent l'oreille, comprennent ton envie d'aller au fond des choses et sont humains, c'est précieux !
Merci pour ton témoignage Tili

Stefbsl a dit…

Désolée pour le chat mais contente pour tes nuits :-D

tirui a dit…

elles sont tendres et émouvantes tes chroniques.
je me faisais la réflexion en lisant tes recherches sur le rapport entre le stress et les défenses immunitaires qu'en exagérant les choses et en oubliant la rigueur scientifique on retombe sur la loi de Murphy (et aussi sur les inégalités entre les hommes), à savoir que quand tu es malheureux, en plus tu finis par tomber malade, mais que les gens heureux pêtent la forme.

Mimosa a dit…

C'est évident que le stress diminue les défenses immunitaires. J'ai fait un boulot très stressant pendant des années et mes analyses de sang montraient un gros déficit. maintenant, je ne fais que des choses que j'aime et tout est rentré dans l'ordre.
C'est sans doute pour cela que certaines personnes atteintes du vih ont préféré arrêter de travailler, faire de la méditation, du yoga plutôt que de prendre des médicaments trop lourds comme l'azt à l'époque. Je ne me permettrai pas de dire si c'était bien ou pas mais c'était leur choix et pour certains ça a été concluant.
Sinon, c'est bien que tu dormes...
Bises...