mercredi, janvier 30, 2008

Chroniques de salles d’attente N.4 : Femme brillante

Je suis une femme BRILLANTE ! si, si, à première vue cela ne se voit pas mais si vous approchiez un compteur Geiger de moi vous déclencheriez immédiatement une alerte de la sécurité nucléaire. Ben oui, ce matin je suis radioactive, on vient de m’injecter un isotope radioactif pour faire la scintigraphie osseuse.

C’est encore mon chum qui m’accompagne. Il y a 2 salles d’attentes dans ce sous sol où on irradie à volo. La première, que je qualifierai abusivement de « salle des radiothérapies » est celle où on stocke essentiellement les patients qui vont recevoir une radiothérapie et aussi celle où on séjourne rapidement avant d’être appelé dans la seconde, celle de la scintigraphie.
Dans les deux salles il y a une petite partie pour les enfants avec des livres d’enfants et des jouets. Heureusement elles sont vides d’enfants aujourd’hui, je souffre toujours dans mon âme de maman quand je vois passer ces petits cœurs chauves.

Nous nous installons dans la partie enfants de la salle des radiothérapies en attendant qu’on nous appelle. Evidemment nous repérons rapidement quelques BD intéressantes. Avais je besoin de préciser que nous sommes des « BDphiles » ? Mon chum se plonge immédiatement avec délice dans sa BD mais moi mon regard et mes oreilles sont attirés par deux femmes qui discutent des soins dans la partie adulte de la salle.
Les jours précédents, malgré le brouillard dans lequel je vivais, j’avais vaguement remarqué que, contrairement aux ambiances habituelles des salles d’attente, les gens se parlaient ici, enfin plus exactement les gens ME parlaient. Je me demande dans quelle mesure ce phénomène n’est pas du au fait que les regards sont attirés par la personne malade la plus jeune de la salle. Enfin bref, il est donc possible de rompre le silence oppressant de l’attente des soins.
Je me lève pour rejoindre la conversation de la façon la plus naturelle possible et suis accueillie avec des sourires. Ces femmes racontent le déroulement de la radiothérapie, elles m’expliquent les petits trucs, pommades, vêtements et autre, me montrent les brûlures. Rapidement nous commençons à en rire.
Pendant ce temps « Tintin », l’infirmier de la scintigraphie arrive. Il tombe tout d’abord sur mon chum qui lit sa BD en riant à voix haute (comme d’habitude d’ailleurs), il appelle mon nom et mon chum répond « ici » et devant l’air interloqué de Tintin précise « enfin là » en montrant du doigt le petit groupe de femmes en train de se montrer leurs blessures en riant.

De tous le personnel soignant de Curie, je crois que Tintin concoure pour le titre du plus sympathique. Ou alors c’est que nous voir arriver en riant a changé sa routine, mais non, je pense qu’il est fondamentalement gentil. Il nous amène devant la porte de la salle d’attente de la scintigraphie et commence à m’expliquer le protocole du jour et les précautions à prendre pendant le long intervalle entre l’injection et la prise d’images, du genre éviter les femmes enceintes et les enfants, ne pas rester collée à mon chum etc… Mon chum l’interrompt pour demander si ce sont bien des rayons gamma qui sont émis par l’isotope radioactif…
Regard mi soupçonneux mi amusé de Tintin « vous êtes physicien vous ». Ben oui, oh alors vous comprenez etc… L’affaire est entendue, pas besoin d’explications… Je regarde ces deux hommes et en particulier mon chum avec une vague envie de l’étrangler. Mais bon, je sors magnanime, OK, tu devras m’expliquer en détails alors.
Nous nous installons dans la salle d’attente. A peine le temps de lancer quelques lignes des chroniques sur mon bloc note que Tintin est déjà là pour me faire l’injection. Nous discutons pendant qu’il m’injecte son produit des chroniques, de la relation entre les patients et le personnel, de la communication… C’est vraiment passionnant et l’injection est faite si facilement que je regrette presque que ce soit aussi rapide. Je ressors en annonçant à mon chum « ça y est, je suis radieuse ! ».
Bon, nous avons plusieurs heures devant nous, nous décidons d’aller manger dans le coin. Je marche le plus loin possible de mon chum, j’évite de rester à côté des jeunes femmes ne sachant pas si elles peuvent être enceintes, je prends les escaliers plutôt que l’ascenseur… Heureusement que personne ne fait attention à notre manège sinon j’aurais l’air vraiment louche.
Apres le délais impartis nous revenons pour la scintigraphie, mais les résultats ne seront prêts que après lecture d’un médecin et ne pourrons m’être donnés que par un médecin de l’hôpital. Je réfléchis à quand j’aurais l’occasion de revoir un médecin… Zut ce sera lors de ma prochaine opération, pour le curage ganglionnaire. Il va me falloir attendre. C’était le dernier examen du bilan d’expansion, tout le reste était bon, je ne peux pas me réjouir avant de savoir pour mes os… Bon encore une attente en vue alors.

7 commentaires:

Stefbsl a dit…

Alors nous attendrons avec toi. Merci encore et encore pour tout ça :-D

Névrosia a dit…

Il me semblait bien avoir aperçu une auréole au dessus de ta tête... :-D

Valérie de Haute Savoie a dit…

C'est toujours un peu culcul de le dire, mais franchement je te trouve magnifique de vie.

Mimosa a dit…

Une question à la femme brillante et scintillante : C'était quoi la BD préférée de ton enfance ?

Tili a dit…

Thorgal... Et presque tous les autres aussi. Mais contrairement aux apparences j'ai commencé par dévorer les bibliothèques de livres et mon préféré, celui qui m'a changée c'est "l'étranger" de Camus que j'ai lu vers 12 ans...

Mimosa a dit…

Thorgal ? Je ne connais pas très bien. A mon époque (!!!) c'était Prudence Petitpas, Tintin (tiens donc...l'étoile mystérieuse...) Spirou aussi.
Camus ? Comment aurait-il vieilli ? Qu'aurait-il pensé de notre époque ? C'est une question que je me pose souvent...

sosso a dit…

AAricia, aussi brille... (et ne manque pas de caractère) ;-)