vendredi, juillet 25, 2008

Le Voyage de Diogène



J'ai grandit en Afrique, mes parents ont mis dans ma marmite chacun un pays, une culture et m'ont fait naître et grandir dans un troisième monde. Ma famille s'est éparpillée sur 3 continents et au moins 7 pays. Les langues chantaient dans cette maison, de leurs belles tonalités. La porte, toujours ouverte aux amis, révélait sur le mur d'entré un magnifique fer forgé, réalisé par mon père et représentant un gallion et ses rêves de voyages et de nouveau monde. Ma mère avait baptisé la maison “Diogène” et nous imprégnait de sa philosophie.
Ce sage, vivant dans une amphore géante, qui aurait simplement répondu à l'empereur Alexandre le Grand venu lui demander ce qu'il pouvait faire pour lui: “Ôte-toi de mon soleil”.

Je repense souvent à cette histoire et à ce que ma mère a voulu nous transmettre... Simplicité, impertinance, reconnaissance de l'essentiel... Qu'il est donc particulier de naître chez Diogène ! Qu'il est drôle que ma mère puisse à présent me trouver parfois cynique ;-)

Dans mon enfance, les cultures étaient ouvertes et gaies, nous nous plaisions à nous mélanger, à nous comparer, nous auto-critiquer et à en rire. J'ignorais le racisme, si “cons” il y avait c'était l'acte ou les dires d'un individu qui l'était et non sa culture ou sa couleur. Par ces rires et ces dérisions nous nous sentions tous proches, êtres humains unis par leur intelligence et leur liberté.

Que serions nous dans une société où la critique serait interdite, quels affreux xénophobes deviendraient nos enfants s'ils ne pouvaient rien critiquer, rien redécouvrir et ne rire ni des autres ni d'eux même ?

Née du brassage des cultures, entourée d'amis multicolores qui sont partis tout autour du monde, entraînée par mes parents à découvrir des nouveaux pays et à aimer y rencontrer les peuples, il était naturel que j'aime les voyages. Je me souviendrait toujours de ce tour de France puis de ce tour d'Europe réalisé sac au dos avec mes copains pour “découvrir notre nouveau territoire”. Nous avions décidé, pour rire de rechercher le chateau de Dracula, rien de moins ! Nous avons traversé Italie, Grêce, Turquie, Roumanie, Hongie, Autriche, Allemagne, Belgique... Magique ! Au fin fond de la transylvanie dans une petite auberge, des Roumains amusés nous ont conté l'histoire de Vlad Tepes ! Et d'autres voyages, au Caraibes, avec des souvenirs mitigés (voir chez Sissi) mais aussi des beaux paysages, je n'ai pas seulement vu Cuba et Haiti, il y a eu aussi ce petit voilier entre guadeloupe, Martinique, Saintes et Dominique, ces Orques qui nous ont croisés, indifférents à notre admiration craintive devant leur immense beauté.

Bien d'autres pays encore, plus ceux où j'ai vécu, sur 3 continents... Pourquoi je repenses à tout cela ?

C'est périodique, presque maladif, je me sens à l'étroit. Bien sûr j'aime cette France si belle et libre (encore que, “libre” à présent je commence à en douter) mais je manques d'espace, de rencontres, de belles confrontations d'idées, de cette excitation du départ ce stress stimulant, cette lente transformation de nos êtres à vivre chez les autres, dont on ne réalise l'ampleur qu'au retour.

Aaaah le retour ! La plus grande épreuve du voyage ! On a changé mais ceux qui sont restés ne le voient pas ou ne veulent pas le voir. Ils guettent anxieusement les manifestations de notre être d'autrefois, celui qu'ils aimaient, qui est là mais différent, parfois trop différent. Eux aussi ont changé.
Le retour est une épreuve terrible on y découvre parfois notre solitude au détour d'une grande fête et d'un regard déçu.

Ces derniers temps la maladie m'a clouée au sol, condamnée à être l'amie anxieuse qui guette la reconnaissance de ceux qui sont partis... C'est terrible je les ai compris... Comme cette place est peu enviable, je voudrais partir moi aussi, voyager...

Alors je repense à Diogène, assis dans son tonneau qui ne désires que la lumière du Soleil... J'ai mon amphore, ma lumière, mon soleil.

J'accroche cet éternel sourire sur mon visage, celui qui rends les autres heureux et me revient en bonheur via leur amour et je tourne mon visage vers le soleil.

6 commentaires:

Moukmouk a dit…

Tu fais parti de la vie, et la vie qui passe en toi me nourrit, merci.

sissi a dit…

Un tres beau texte.tes ecrits sur le depart et le retour sont si vrais.

Tu as vu des orques la bas? Quelle chance!

Plume a dit…

Tu es tellement agréable a lire Tili, et comme tu as déjà vécu!
C'est tellement intéressant, aussi, d'avoir des parents qui ont de la personnalité et des idées. Même si c'est étrange en tant qu'enfant parfois.
Notre société a besoin de personnes comme toi (et la recherche aussi ;o)).

Marianne a dit…

Les voyages , quelles merveilleuses écoles de la vie lorsqu'ils ont pour but de faire la connaissance de l'autre .Je ne suis pas certaine que les cultures se mélangeaient plus facilement avant mais il était plus facile de voyager.
Je souhaite que tu puisses à nouveau explorer d'autres horizons lorsque cette période difficile se fera oublier .

stefbsl a dit…

Oui, Tili, le prochain voyage (vers l'Asie si je me souviens bien) est pour bientôt. :-D

la Mère Castor a dit…

Merci Tili pour tes belles paroles. Puisses tu voyager encore loin et beaucoup.