mercredi, janvier 26, 2011

Qui a eu cette idée folle, un jour de casser l'école ... (2ème)

Nous assistons à une chute vertigineuse de l'école publique, j'aimerais que nous en parlions ensemble, nous, parents, pour essayer de comprendre ce qui se passe vraiment...
Je dis bien, venez parler en tant que "parents" ou "grands parents" ou "citoyen" car avec le devoir de réserve, comme un blog est désormais un lieu public, certains pourraient être menacés dans leur poste pour oser s'exprimer.

Je pense que cette année va être décisive, soit les gens prennent vraiment conscience de ce qui se passe et arrivent à faire bouger les choses, soit nous dépasserons le seuil critique qui nous empêchera de sauver notre école...

Les symptômes:

En France:
- Suppression de postes supplémentaires chaque année, pour la prochaine rentrée 2011, 16 000 postes supplémentaires vont disparaître alors qu'on attend une augmentation du nombre d'élèves dans le primaire.
- Suppression des équipes pédagogiques de soutient aux élèves en difficulté (RAZED, PSY, classes adaptées).
- Re-modélisation des rythmes scolaires avec le soucis de FAVORISER l'industrie du tourisme.
- Primes à la performance pour les chefs d'établissements (6000 euros / 3 ans) comprenons bien que le but est d'encourager ceux qui appliquent les réformes et de casser ceux qui s'y opposent et surtout le but est de DIVISER pour mieux régner. Quels seront les "indicateurs" de performances ? QUI va prendre ces indicateurs ??? Eh bien, les même que ceux qui auront la prime... Indépendance = zéro.
Comment les syndicats ont-il pu accepter ça ???
- Médiatisation à outrance de l'idée de "violence" et d'"échec" scolaire.
- Précarisation des familles déjà en difficulté en supprimant les allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire.
- Evaluations en primaire sur lesquelles plane la menace qu'elles soient au final utilisées pour sélectionner les écoles.

Maintenant, élevons nous du cas Français avec la lecture attentive de cette petite phrase de Mr Luc Chatel, le ministre français actuel de l'éducation nationale qui nous déclare…
les chefs d'établissement bénéficieront de rémunérations variables selon leurs performances, «comme cela existe dans l'immense majorité des entreprises de notre pays».

Parce que le problème est bien là, l'éducation est considérée comme une "ENTREPRISE", comme une denrée "COMMERCIALE".

Voyons donc ce qui se passe au niveau mondial...
C'est à l'OMC qui faut jeter un coup d'œil, dans l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) et je vous engage à lire les quelques textes officiels disponibles en français, voici un lien sur un site de l'OMC pour cela :

Site de l'organisation Mondiale du Commerce en Français…. Principes des accords généraux sur le commerce des services….très instructif
http://www.wto.org/french/tratop_f/serv_f/gatsqa_f.htm

Et voici un bon résumé de la progression vers la commercialisation de l'éducation, fait par un chercheur français, Mr Daniel MOATTI, avec plein de liens utiles sur des textes législatifs, ICI.

Article 1-3-b : l'AGCS concerne tous les services dans tous les secteurs, à l'exception des services fournis dans l'exercice du pouvoir gouvernemental.
Article 1-3-c : Un service pour échapper aux règles de l'AGCS ne doit être fourni par le gouvernement, ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services.
Certains pays peuvent momentanément «protéger» certains secteurs. C'est ce qu'à fait la France pour l'éducation, la santé et la culture. Une fois cette protection levée, les services concernés seront sous le coup des articles 1-3-b et 1-3-c de l'AGCS et pourront être engagés dans les offres de services commercialisables. Or la France est rentrée dans une logique de libéralisation de ces services et influence les autres pays pour qu'ils les libéralisent aussi... Donc ?

L'organisation ATTAC a mis en ligne un excellent résumé des textes législatifs, en français, je vous invite à le lire ici
http://attaceducidf.gardiendutemps.org/agcs/docs/urfig-agcsmenacesprecises.htm

Essayons d'imaginer quelle serait la démarche de personnes persuadées que l'éducation doit être une denrée commerciale et décidées à l'appliquer dans des pays où les gens ont la tradition de penser le contraire et ne se voient pas en "consommateurs" de l'éducation mais en "usagers"...

Attention, lecteur attentif, les faits énoncés dans le paragraphe suivant sont issus de mon imagination, toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite bien sûr...

- Diminuer les moyens du public, vider l'école de sa substance, surcharger les classes, diviser et précariser le corps enseignant, l'empêcher de s'exprimer, favoriser le privé, alerter sur la violence à l'école, inquiéter sur le manque d'avenir des enfants dans les institutions publiques... pour que les classes moyennes inquiètes de l'avenir de leur progéniture finissent par déserter d'elles même l'école publique en faveur du privé... Faire les choses progressivement, commencer par supprimer l'école maternelle pour que le fait qu'il faille payer pour éduquer devienne "naturel". Attaquer sur tous les fronts, financier, statutaire et qualitatif, sur la représentation de la "valeur" de l'école dans la population, jouer sur les émotions, sur la "PEUR". Et, si on suit la logique jusqu'au bout introduire des concepts "d'entreprise" dans l'école, des notions de "concurrence commerciale" ... Et voilà, en une génération on passera à une logique marchande, hop.

Waou... ça semble de la science fiction non ?

Alors, bon, nous avons l'EUROPE pour nous protéger on va dire...
Que se passe t-il au niveau de l'Europe par rapport aux directives de l'OMC ?

Tenez vous bien...
En 1995, l'Europe s'est engagée pour 12 des 15 pays (l'Autriche, la Finlande et la Suède ont refusé d'entrer dans ce mécanisme) à ne pas imposer de nouvelles mesures qui restreindraient l'accès au marché dans quatre des cinq secteurs du " marché de l'éducation ".
Depuis 2001, la commission sort régulièrement des notes à l'OMC, demandant la libéralisation des services, y compris l'éducation...

Cette année, je suis bien sûre que les syndicats vont nous appeler à la grève pour protester contre la suppression de postes ou une autre mesure ponctuelle. Mais je vois maintenant cela comme une manœuvre supplémentaire de division et de "noyage de poisson".

Ce n'est pas contre les symptômes que nous devons nous battre. Nous y perdons nos forces, notre unité, nous perdons de vue le fond du problème.

Nous devons affirmer quelle est l'idée fondamentale que nous nous faisons de l'éducation de nos enfants !

Considérons nous, comme nos gouvernement que oui, c'est une denrée commerciale et que donc nous devons accepter une logique de productivité, de concurrence, d'"entreprise"?

Ou bien considérons nous au contraire que l'instruction n'est PAS une denrée commerciale, qu'elle n'en n'a pas la logique et que donc RIEN ne dois associer l'instruction de nos enfants à des valeurs de productivité commerciale ?

Chaque citoyen doit se prononcer sur cette question fondamentale c'est toute une vision de la société qui est en jeu, c'est la formation de la pensée des générations futures dont nous parlons. Arrêtons de nous laisser enfumer et répondons sur le FOND. Même, et Surtout si justement nos politiques font en sortes que nous ne nous posions pas ces questions là.

Et chacun doit aussi réfléchir aux conséquences d'une voie ou de l'autre. Si nous acceptons de soumettre l'instruction des enfants d'une nation aux lois de l'offre et de la demande, cela ne favorisera que le marché (pas les consommateurs), et le positionnement "d'équilibre" du prix exclura forcément tous les enfants défavorisés. L'instruction sera alors là pour renforcer les inégalités sociales et nous irons vers une société de plus en plus divisée.
Si nous refusons que l'instruction soit assimilée à une denrée commerciale, à un service, à une entreprise, nous devrons faire un effort permanent pour protéger l'école contre une logique productiviste. Nous devrons aussi accepter de définir ce que nous voulons transmettre à la jeune génération en tenant compte de son profil et en adaptant en permanence notre école pour intégrer tous les enfants quels que soient leur niveau socio-culturel, leur origine ou leurs performances cognitives. La société devra accepter d'investir de l'argent dans ce service public sans chercher à le rendre rentable.

Le peuple doit se prononcer. Si nous sommes dans une démocratie, et si la majorité d'entre nous croit que l'éducation ne doit pas être une denrée commerciale, alors nous devons exiger des politiques qu'ils appliquent LA VOLONTE du PEUPLE et non des directives issues de puissances supranationales.

Amen...

Nb. Waou, 2 posts politiques qui se suivent, vous allez me penser surdosée ;-) Aller, promis, après je reviens aux recettes de cuisine...

17 commentaires:

christellemars a dit…

Très très bon article, je pense que je vais envoyer le lien à tout mon carnet d'adresse... merci ! parce que personne ne me croit quand je parle des directives de l'OMC, toi, tu as les liens !!!

pfff c'est déprimant...

Guilitti a dit…

tu as bien sûr raison !
vive le privé ! d'ailleurs, les enfants des ministres y vont... donc qu'importe si on enlève des moyens au public. L'éducation devient payante... La plupart des parents (privé ET public) paient des cours particuliers à leurs enfants car ils sont convaincus que c'est la seule façon de pouvoir réussir : effectivement, c'est dur pour bcp d'élèves de trouver une bonne écoute auprès d'un professeur qui a 35 élèves à gérer.. alors l'élève qui ne se prend pas en main( fait ses devoirs apprend régulièrement) est vite largué... On supprime des postes, on alourdit les effectifs, et on permet aux parents de déduire des impots 50% des frais engagés en cours particulier..
A mon époque, 2 ou 3 élèves de S prenaient des cours particuliers. Maintenant, 2 ou 3 n'en prennent pas. Et dans les écoles post bac, il y a un nombre incroyable de boites privées (d'ingenieur notamment) qui ont vu le jour... mais purée, on est en France !!! l'enseignement est GRATUIT, accessible à TOUS ! je n'ai pas eu le tps de lire tes liens.. Ce we, j'essaierai !

Anonyme a dit…

Très bon article, bien documenté.
Il en est de même pour l'EAU qui est devenue un "produit marchand". Le nœud du problème est bien là, à l'OMC. On pourrait désespérer des humains, si l'on ne voyait, enfin, le soulèvement des peuples. En France, c'est un soulèvement de "réflexion" qu'il nous faut. Bravo pour ce travail de fond.
Lynx.

Anonyme a dit…

Pour pouvoir avoir des services publics gratuits et de qualite, il faut des impots...

Les entreprises ayant delocalse, elles versent leurs impots la ou elles sont installees...

La question est donc comment trouver de l'argent public ?

Relocalisation, accueil d'entreprises etrangeres, travail de nuit...

Plusieurs pistes sont explorees mais il reste une donnee sine qua none : si nous n'augmentons pas la production, aucun entrepreneur ne vous dra d'une main d'oeuvre trop chere.

Il me semble que les deux pistes de resolution sont la mais je peux me tromper : accroitre la production et reduire le cout de la main d'oeuvre.

A ces conditions des entreprises accepteront de verser des impots et de cesser de faire travailler une main d'oeuvre a bas cout...

Car nous le savons depuis la derniere crise : si un pays comme la France a mieux resiste et resiste encore, c'est grace au service public qui permet de faire vivre un maximum de personnes sans que cela coute trop...

Tili a dit…

Christellemars, merci, je pense qu'on doit pouvoir trouver d'autres liens mieux mais je suis claquée en ce moment... Peut être que d'autres internautes en donneront.

Guilitti, oui, on est déjà dans une logique d'éducation payante.

Lynx, oui, cela concerne aussi la culture, la santé et les ressources vitales... Un autre jour peut être j'aurai le courage de me pencher sur la question de l'eau, mais c'est un sujet encore plus "chaud".

Anonyme, un grand merci pour votre contribution. Vous creusez la conséquence du choix de l'instruction "denrée non commerciale" en abordant le problème du financement... Oui, très vaste sujet et crucial. Mais en lisant ce que vous dites, sur le fait que la "France a mieux résisté et résiste encore, c'est grâce au service public qui permet de faire vivre un maximum de personnes sans que cela coute trop..." je me pose plusieurs questions.
La première c'est, d'où vient cette analyse ? Ce serait vraiment intéressant, SVP si vous pouviez nous donner des références.
La deuxième c'est "alors il semblerait logique que nous maintenions les professeurs (entre autres fonctionnaires) dans un état de pauvreté ?"
Ouille, dit comme ça, ça grince quand même...

Anne a dit…

J'ai trop le nez dans le guidon pour, comme toi, faire un article de fond avec les références qu'il faut. Merci de l'avoir fait! Au quotidien l'école vu d'en dedans se désagrège sous les coups de ceux qui nous veulent rentables!!! Tout ce qui était, difficilement, mis en place pour tenter d'atténuer les inégalités de chances (et nul ne conteste qu'on ne naît pas égaux face à l'écrit, la culture, l'ouverture sur le monde...) est mis à mal par ceux qui calculant à court terme veulent supprimer l'éducation nationale gratuite en faisant disparaitre ceux qui la font : les enseignants... Sous prétexte d'une revalorisation du métier on envoie "au front" des jeunes diplômés non formés devant des classes surchargés et sans plus de moyen de prendre en charge la grande difficulté scolaire. Nombre de mes collègues, comme moi usés, partent à la retraite prématurément (quand ils le peuvent encore...) ou envisagent (moi particulièrement) de claquer la porte d'un métier auquel ils sont pourtant attachés...

Anne a dit…

Oups! surchargées, les classes...

Moukmouk a dit…

J'ai lu hier la décision des élu de la région de Détroit qui ont décidé de supprimer la moitié des enseignants de l'école publique, portant la moyenne d'enfants par classe à 64! bien sûr les enfants des riches se payent l'école privée alors pourquoi payer l'école publique ? je pense que je vais faire un billet pour encourager les gens à lire le tien.

Nadu a dit…

Helas, c' est la meme politique de rentabilite pour nos ecole, nos hopitaux, et tous nos services publics. Bientot, il ne faudra plus avoir besoin des pompiers ou du SAMU a 3h du matin, car etant un creneau peu rentable, la nuit ne sera surement plus assuree a terme (de meme que les urgences dans nos hopitaux).
Et quand on voit ce qu' il se passe pour le gaz (cf le canard de la semaine derniere), en 2 ans, on passe de 100 a 300 000 foyers a qui on coupe le gaz (c' est la crise), et le prix de la remise en service du gaz passe de 51 euros a 88 (+70%), soit 26 millions de benefice fait sur le dos des plus pauvres..... Le gaz, c'est pourtant une necessite, c' etait un service public il y a pas si longtemps....maintenant c' est une entreprise tres rentable qui fait de l' argent sur le dos des plus pauvre... une honte...
Indignons nous, mobilisons nous, utilisons notre pouvoir d' electeurs, d'ortateurs, de militants tout ce qui est en notre pouvoir pour arreter cette hemorragie.

Bismarck a dit…

Aaahhh!
Moi qui aurais pensé que l'idéal, pour la planète, était une instruction gratuite et accessible pour tous les enfants...
Au passage: l'école renforce déjà les inégalités sociales.
Et que penser de la chute du nombre de candidats aux concours? Est-ce qu'elle ne va pas, si elle perdure, faciliter les fermetures de postes? (Ah, ben non, y a plus personne!)

Marianne a dit…

Fatiguée mais active, bravo Tili !
Juste un rappel sauf erreur de ma part maternelle et primaire la mairie, collège conseil général , lycée région . Pourquoi dans cette fin de période de voeux ne pas envoyer vos voeux pour l'éducation aux représentants de ces structures avec copie à l'OMC .
Je ne sais ce que les statistiques montrent mais dans mon entourage ce sont les foyers modestes qui mettent leurs enfants dans le privé.

Poutine Grrrl a dit…

Marianne> ce qui me semble monter en France, c'est le système de cours particuliers, très chers, auquel ont accès les familles les plus riches. c'est ce système privé et les écoles privées à sélection (type école alsacienne, inaccessible aux plus pauvres) qui me font souci. le vieux privé "à la papa" me semble relativement inoffensif.

Oxygène a dit…

C'est l'ensemble des services publics et du patrimoine national de Français qui part à l'encan depuis 1993, arrivée de Balladur au gouvernement. Il faudra juger tous ces magouilleurs pour avoir dilapidé notre richesse au profit de leurs copains et précipité le pays dans la précarité.
Pour le reste, je suis enseignante en collège et m'arrache les cheveux devant la dégradation des conditions d'enseignement. Ce qui me stupéfie, c'est la vitesse à laquelle vont les choses. Nous sommes dans une affreuse spirale.

Tili a dit…

Anne, de rien. Il ne faut pas que les profs se découragent, tu vois, il existe encore des simples parents qui les soutiennent :-)

Moukmouk… 64 par classes !
J'ai visité une école de brousse au Sénégal, durant le tour du monde. Ecole incroyablement bien tenue et calme. Les enfants étaient une cinquantaine par classe… C'est un pays sous-développé (même avec la langue de bois qui fait dire "en voie de développement") et ils font de leur mieux.
Alors que dire de Détroit ? "C'est un pays sur-développé où ils font de leur pire"?
Je n'ose même pas imaginer l'avenir d'un enfant qui décroche là bas…

Nadu, exactement, c'est la même démarche. Education, Santé, Culture, 3 exceptions du commerce qu'il vaut abolir…

Bismark. Oui, il parait que l'école française a reculé en matière de réduction des inégalités sociales. Cependant, je n'ai pas réussit à trouver sur Internet des chiffres fiables de cela. C'est très difficile à prouver parce que on pourra toujours se poser la question de savoir si c'est l'école ou si c'est la société qui a augmenté les inégalités sociales…
Les candidats sont moins nombreux au concours ? Ben faut voir le salaire et les conditions de travail qu'on leur promet ensuite, les jeune ne sont pas idiots.

Marianne. Peut être que c'est parce que c'est eux qui perçoivent l'école publique comme la plus dangereuse pour leurs enfants?
Le développement du privé permettra de résilier la close de non concurrence de l'état établie par l'OMC…

Poutine. Ah oui, le développement des cours particuliers… Nos enfants sont encore petits, nous n'avons pas encore été confrontés à ça.

Oxygène… Aller, gardes tes cheveux, on n'a pas encore fini ces batailles :-)

IsabelleDeLyon a dit…

Hélas, bien placée pour le savoir, manifs tous les jours, plus de remplaçants à allouer.
On ne parle plus que de rentabilité économique pas d'éducation, de plaisir d'apprendre.
De plus de plus de mes collègues pourtant les plus attachés à l'école publique ont mis leurs enfants dans le privé...

Anonyme a dit…

Ce qui se passe c'est bien la mise en œuvre de la marchandisation de l'école...
J'y suis d'autant plus sensible que le phénomène se passe - et est plus qu'entamé- au niveau de la formation professionnelle et que cela se traduit par une très nette baisse de la qualité : il s'agit désormais de vendre à tout prix, même quand on parle de réinsertion de gens en difficulté, et que les conséquences en terme de perte de "sens" autre que marchand sont incalculables tant au niveau de la professionnalisation des intervenants que des "usagers".

C'est très sensible sur l'école. La réforme de la formation des maîtres n'a pas apporté de "plus pédagogique" au contraire... mais aboutit à une augmentation des  diplômés 'Master 2..!! + concours) devant se "vendre" en tant que vacataire : on organise la précarité chez les nouveaux diplômés.. Ils ne trouveront pour la plupart place que dans le giron de l'école privée.

Je ne suis personnellement pas opposé aux écoles privées (il y en a des très bonnes, mais aussi des pires que l'école publique!) , mais il faut reconnaitre que les populations qui peuvent les mobiliser ne sont pas légion et que s'il y avait une volonté de renforcer l'accès aux compétences de l'ensemble d'une population, ce n'est pas au niveau du privé qu'il faut mettre des moyens.

Le débat est grave et je suis aussi perplexe que Tili : le risque est bien qu'on ait à faire à une enième grève qui ne souligne que la disparition des postes d'enseignement.. et encore...
Le risque est grand parce que plus personne ne croit plus en rien et chacun se ferme les yeux de peur de voir le mur qui remet en cause tout ce qui avait fait qu'il ait pris ce boulot. Si nos enseignants n'ont plus d'autre vision que celle de faire leurs heures ou de la prime touchée, que restera-t-il vraiment de l'éducation?

Le mal de cette société est la perte de sens...et cette perte de sens est organisée à grande échelle avec la généralisation de la loi du marché...
Comment s'étonner de la montée des intégrismes ou autres fascismes camouflés  ?

On est en train de massacrer toute tentative d'oser parler d'humanité !

Anonyme a dit…

Déléguée de l'Éducation Nationale, j'ai eu des contacts constants avec les Fédérations de Parents d'Élèves et entendu leurs doléances toutes exprimées dans le sens de ce texte.

Depuis 2010, les attaques contre l'école publique,gratuite et obligatoire s'amplifient.
Je n'avais pas,par contre,réalisé à quel point les mesures prises pouvaient s'avérer irréversibles par le biais de l'AGCS.
On ne peut évidemment rien attendre du ministre Luc Chatel totalement inféodé à Sarkozy qui l'a choisi sur un critère précis, Luc Chatel était DRH à l'Oréal.
Les primes prévues pour les Proviseurs et les Principaux sont bien analysées. Sur quel critère seront-elles attribuées? Elles contribueront à casser un peu plus le lien social.
Quant à celles attribuées aux Recteurs,il n' en est pas fait mention.Elles peuvent atteindre 22000 euros annuels. Là, les critères sont aisément identifiables. Ce sont les suppressions de postes,les fermetures de classe,d'écoles qui identifieront les bénéficiaires.

J'ai connu au fil de ma longue carrière d'enseignante des Recteurs remarquables qui suscitaient un absolu respect. Aurais-je éprouvé le même sentiment à l'égard d'un chasseur de primes?
Quant au financement il est plus que naturel.Je n'ai pas les chiffres du budget de l'Éducation Nationale. Je sais qu'ils représentent un pourcentage faible du budget global de la France.Un pays qui investit dans son Enseignement investit dans son avenir.

Une vieille enseignante qui, à l'instar de Stéphane Hessel, n'a pas perdu son potentiel d'indignation...