mercredi, février 09, 2011

Blogothérapie…

Des fois, ça fait du bien…

Il y a quelques temps, une blogocopine mettait un post sur le fait qu'elle était sortie de chez le coiffeur désespérée, avec une coiffure ratée.
Et en la lisant, brusquement, une grosse grosse boule est sortie du fond de moi.

Je ne suis pas allée chez le coiffeur depuis très longtemps, depuis le début de la chimiothérapie…
Depuis ce sombre jour où je suis entrée chez une coiffeuse, avec mon petit garçon de 2 ans.
J'avais un léger foulard sur la tête, masquant le massacre de mes cheveux qui tombaient par touffes hirsutes.
J'avais essayé de les enlever avec un petit rasoir de maison, mais impossible, il fallait une tondeuse, d'où ma sortie chez le coiffeur.

Je n'ai pas osé demander tout de suite pour moi, j'ai d'abord demandé une coupe pour mon petit garçon.
On a papoté de tout et de rien, du mignon petit garçon qui regardait sa nouvelle coupe avec l'air du grand séducteur qui va faire tomber toutes les Mamans du coin.

Alors, en confiance, j'ai demandé, plus bas, si elle pouvait me coiffer…
- "Mais oui", me répond cette charmante dame, "que puis je faire pour vous ?"
- "Je voudrais", dis je dans un murmure "que vous me rasiez la tête s'il vous plait".
- "Pardon ?" Dit-elle croyant avoir mal entendu.
- Je répète, un peu plus fort : "que vous me rasiez la tête s'il vous plait" et j'ai ôté mon foulard.

Il y a eu un grand blanc. Elle m'a regardé, épouvantée.
Elle s'est retournée vers sa chef, qui regardait aussi, épouvantée, vers ses collègues, qui regardaient aussi, ainsi que tous les clients, bouche ouverte, dans un grand silence.
La chef lui a fait oui de la tête.
La jeune femme m'a alors dit, avec une voix cassée qui contenait difficilement son émotion.
- "Oui, je vais le faire."
Elle avait les yeux rouges et les mains qui tremblaient.
Elle m'a dit :
-"C'est la première fois que je fais ça"
J'ai répondu avec un gentil sourire qui se voulait dédramatisant:
- "Moi aussi".

Le temps que ça a duré, une éternité, on n'a entendu que la tondeuse. Pas un mot dans la salle. Un silence étouffant, interminable...
 On n'a entendu dans le salon de coiffure que les babillages joyeux de mon fils qui allait de chaise en chaise, provoquant les larmes de certaines clientes, sans comprendre pourquoi.

Personne, pas même moi qui aurait désespérément voulu ne jamais être venue là, n'a pu briser ce silence, cette émotion collective.
Quand elle a eu fini, j'ai ramassé mon courage pour sourire à mon image dans le miroir, j'ai remerciée sobrement, j'ai payé, récupéré mon petit garçon, remis mon foulard, et je suis sortie, fuyant ce silence épouvantable, ces yeux qui se baissaient à mon passage où je ne voulais pas lire la peur indescriptible qui les animait.


Cela fait 2 ans à présent, que je laisse pousser mes cheveux… Il y a eu un léger réglage d'une coiffeuse venue à domicile mais c'est tout, je n'ai jamais remis les pieds chez un coiffeur depuis.
Mais c'était sans intention consciente en fait, je trouvais toujours des motifs de ne pas y aller… Je les laisse pousser, j'ai envie d'essayer le long, ils sont bien comme ça etc…
Ce n'est qu'en lisant le post de ma copine, en sentant cette immense émotion re-surgir soudainement que j'ai compris…
Et je crois que je vais pouvoir retourner chez un coiffeur à présent...

La blogothérapie, des fois, ça fait du bien… Mais c'est comme toutes les bonnes choses, faut pas en abuser ;-)

PS.1. Oui, c'est moi sur la photo.
PS.2. J'aimerais faire une suggestion pour les hôpitaux, serait-il possible de proposer aux patients de le faire à l'hôpital ? Par une association ou une personne du personnel. Je sais que ce n'est pas un geste "médical" mais psychologiquement, cela mériterait peut être un accompagnement.

12 commentaires:

Valérie de Haute Savoie a dit…

J'ai une amie qui débute sa radiothérapie puis sera durant plusieurs mois en chimio. Elle sait qu'elle perdra ses cheveux. En te lisant je pense à elle aussi.
Il y a des coiffeurs dans certains hôpitaux qui s'occupent justement des malades pour leur redonner le plaisir de la coquetterie. Je trouve très joli un beau crâne nu. Tu as un très beau crâne :o)

Anne a dit…

J'ai rasé la tête de Bénou, ma soeur, deux fois... A chaque fois nous avons fait cela tranquillement, dans sa cuisine, au milieu des enfants qui jouaient, dans l'illusion d'une normalité...
C'était difficile, lourd en émotion, mais je n'aurais jamais abandonné la tête de Bénou à d'autres mains que les miennes. Et elle s'est sentie soulagée de ne pas devoir le faire faire par d'autres...

Anonyme a dit…

Encore un commentaire, en anonyme - je crains un peu de laisser trop de traces sur internet, c'est peut-être idiot mais c'est comme ça.
Moi aussi j'ai connu cette étape, je m'étais fait raser dans le salon qui m'avait fourni la perruque, je n'aurais jamais pu le faire dans un salon normal, et j'ai attendu d'avoir 2 cm de cheveux assez réguliers pour aller chez le coiffeur.
Bien sûr je n'oublierai jamais cette sensation mais finalement je l'ai bien vécu, avec une perruque qui m'allait bien (même le chirurgien me l'a dit, ça m'a marqué à vie aussi je crois). Je n'ai jamais réussi à sortir avec juste un foulard ou à être tête nue chez moi.
J'ai beaucoup aimé avoir les cheveux très courts - là encore, le bonheur quand les coiffeuses et les voisines vous disent que ça vous va bien ! et pour l'instant je souhaite les garder courts

Stéphanie

coiffure ratee a dit…

oh ben zut alors, je ne voulais pas te faire ressasser tout cela...

il en a fallu du courage pour le faire aussi publiquement, peut etre qu'une coiffeuse a domicile, dans ton intimite, juste entre elle et toi aurait ete moins traumatisant (mais bon pourquoi vouloir toujours cacher le cancer aussi, je touve le salon ou tu es allee un peu nase sur ce coup la), enfin heureusement ce n'est plus d'actualite pour toi, mais je sais qu'il existe des associations ou justement il y a des coiffeuses juste pour les malades du cancer, elles rasent, soutiennent psychologiquement et font aussi essayer des perruques.

Tili a dit…

Non, non, pas "ressasser" juste que c'est enfin sortit ;-)
A l'époque, je ne connaissais aucune coiffeuse à domicile, j'avais déjà acheté ma perruque dans un endroit vraiment trop loin de chez moi, l'hôpital ne m'avais rien proposé pour ça.
Je n'avais pas du tout le désir de m'exhiber, je n'ai juste pas trouvé d'autre moyen de le faire à un moment où j'avais somme toutes très peu d'énergie pour chercher des solutions à ce problème capillaire...
J'ai pensé qu'un coiffeur saurait faire ça simplement, qu'ils avaient l'habitude de raser les hommes.. Je n'avais pas anticipé que le cancer leur fasse si peur. Comme à ce moment là, je n'en savais pas l'issue pour moi, leur peur à scellé la mienne...

dieudeschats a dit…

Leur émotion est compréhensible, tout comme leur peur pour toi, pour ton petit garçon, et aussi pour elles indirectement bien sûr car on ne sait jamais ce qui nous attend... je ne vois pas en quoi c'est nase, en fait ?

Tili a dit…

Je n'ai aucun ressentiment contre les personnes qui étaient dans ce salon ce jour là. Plutôt l'inverse, un peu de honte, avec du recul, de leur avoir infligé cette gêne et cette émotion. Mais c'est fait, et c'est fini :-)

Bellzouzou a dit…

c'est un bien joli billet, ça, en tous cas, tili!

Anonyme a dit…

Pour une bonne rigolothérapie, je te conseille (à toi et tes lecteurs) la lecture du 1er chapitre de ce livre "Le puzzle philosophique" de Jiri Benovsky. Le 1er chapitre parle des déboires d'un punk chauve avec sa coiffeuse. passionnant!

Bird a dit…

La blogothérapie, quel beau mot ! Cela résume bien mon aventure. Victime moi-même d'un cancer, j'ai reçu de la blogosphère un soutien indéfectible.
Quant au sujet de le perte des cheveux, j'ai eu la chance de rencontrer une coiffeuse hors du commun qui s'est occupée de moi dans un pièce annexe. Mais je n'ai pas eu ton courage, je me suis tenue dos au miroir.
Je partage ton idée, à savoir d'être accompagnée dans ce moment, qui reste pour moi le pire moment que j'ai eu à traverser tout au cours de la maladie.
Trop d'émotion, trop de ressenti.
Je repasserai
Merci

Béa de graphologie 17 a dit…

Bonjour Tili,
Je suis une fidèle blogamie de Birdy. En plus de la "putain" de maladie, la perte des cheveux doit être traumatisante, tu es bien courageuse. Moi j'ai eu beaucoup de chance avec cela, je n'ai eu que de la radiothérapie.
C'est bien qu'il existe des solutions pour garder sa féminité.
Ton bout de chou te regarde comme sa jolie maman chérie, c'est le plus important l'amour des siens. La blogothérapie a du bon aussi.
bisous

IsabelleDeLyon a dit…

Au CLB, il y a un coiffeur, reste plus qu'à prendre rdv. Je faisais couper les cheveux de mon père. A l'hôpital où je suis suivie, on pouvait aussi prendre rdv pour qu'il passe à l'hôpital.
Allez une petite coupe pour te réconcilier avec le coiffeur et ne pas rester sur un aussi mauvais souvenir qui ne s'effacera jamais mais qui s'atténuera.
Bises
Coïncidence, je viens aussi de parler de cheveux...