jeudi, mars 22, 2012

Un petit essai sur les problèmes attentionnels de l'enfant.

A la demande générale, je vous fait un petit topo( je l'espère un peu clair) sur les problèmes attentionnels de l’enfant.

Que peut on faire pour aider un enfant qui a du mal à fixer son attention, parfois aussi du mal à rester en place ou à se retenir de parler ou d’agir (impulsivité) ?
Parlons de l’attention en général, peu importe que ce soit dans le cadre d’un Trouble du déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) ou pas.

Alors c’est une question très brulante, parce que en ce moment les spécialistes se disputent sur la question qui vient derrière ça et qui correspond à «est ce que c’est une pathologie» ? Et l’autre question qui vient derrière qui est «est ce qu’on doit donner des médicaments ?»

Pour la première question, je vous le dit tout de suite, je ne vais pas en parler, non que ce débat de spécialistes ne me passionne pas mais parce que je pense que pour les non spécialistes, en particulier pour l’entourage de ces enfants le problème c’est «comment aider mon enfant», «que faire au jour le jour» et non savoir si les spécialistes se disputent sur les fondements neurologiques.

Pour les médicaments, en particulier le méthylphénidate je vais botter en touche aussi. Moi je ne suis pas prescripteur donc logiquement ce n’est pas mon rôle de parler de ça ! En plus, franchement, je ne m’y connait pas assez et je n’ai pas assez d’informations sur les effets à long terme et le rapport risque sur bénéfice.

Bon, ces deux foyers éteints, passons aux choses sérieuses, est ce qu’on peut aider ces enfants et comment ?

Les américains et les Canadiens nous parlent de ça depuis pas mal de temps et ont sortit beaucoup d’études. Au début, on peinait à voir les effets d’une prise en charge psychologique «classique», mis à part d’aider les familles à supporter et l’enfant à s’accepter. Les études ont montré tantôt un effet globalement positif, tantôt le contraire si bien qu’on ne pouvait pas conclure.

Et puis les Neurosciences s’en sont mêlées et on a commencé à essayer de décortiquer ce qui se passe au niveau du fonctionnement cognitif de l’enfant. On a identifié plusieurs catégories de problèmes, on a essayé de creuser pour comprendre ce qu’est l’attention et ses différentes composantes.

A partir de là des nouvelles prises en charge se sont mises en place (en Amérique du Nord, vous trouverez rarement ces programmes en France) permettant d’agir sur au moins 6 aspects importants du problème. Toutes ces pistes sont à l'étude, certains utilisent des programmes globaux, en général on préconise de se concentrer sur les difficultés propres à l'enfant après un bilan cognitif poussé. 

Les pistes en question :
- Aider à produire et maintenir un état de vigilance, ce qu’on appelle «l’alerte». Ce sont des enfants qui ont du mal dans 2 aspects, la durée et la division de l’attention. On va travailler sur les 2.
- Aider l’enfant à bien gérer l’orientation des informations sensorielles. On va travailler sur ce qu’on appelle l’attention sélective, focalisée et le contrôle inhibiteur des stimulations «parasites».
- Travailler sur le contrôle exécutif. Sur le raisonnement.
- Travailler sur le comportement et notamment sur les attendus (souvent scolaires) comportementaux du type écouter sans couper la parole, rester en place etc. Ça c’est un travail à la fois avec l’enfant et avec sa famille. Il faut apprendre à tout le monde à décortiquer les mauvais enchainement d’action, casser les routines pathogènes. L’entrainer à la planification de ses actions. L’entrainer à résister aux distractions environnementales.
 - Intervenir psychologiquement pour redonner à l’enfant confiance en lui car il a souvent une très mauvaise image de lui même ce qui amène en soit des mauvais comportement dans un cercle vicieux infernal.
- On va enfin éventuellement intervenir sur l’hygiène de vie des enfants, ce qu’ils mangent (attention au sucre qui est un excitant), leurs horaires de coucher, la quantité d’heures passée devant des écrans (télé, jeux vidéo), s’ils font du sport etc.

Un principe qui fonctionne bien aussi c’est le renforcement positif (et que positif). C’est à dire qu’on va renforcer (récompenser*) les bons comportements et oublier les autres (sinon on renforce les mauvais notamment parce que "se faire punir" c’est aussi réussir à attirer l’attention des autres, ors on préfère que l'enfant attire l'attention sur des bons comportements) et on va faire varier l’échéance de la récompense en fonction du niveau de résistance à la frustration de l’enfant, pour l’amener petit à petit à augmenter, justement, son niveau de résistance à la frustration. C'est un procédé intéressant car souvent les enfants ont bien perçu "ce qui déplait" mais pas forcément "ce qui plait" et qu'ils ont du mal à gérer la frustration de la récompense différée...

*Nb. La récompense c'est quelque chose de normal dans la vie, on est tous motivé par quelque chose que ce soit l'argent, le plaisir, l'affection etc. Ce n'est pas "mal élever" un enfant que de le motiver par des récompenses. Par contre il faut que la récompense soit adaptée aux valeurs que l'on veut donner à l'enfant. Alors ça peut être "gagner 10 minute plus tard le soir que les autres à passer avec Papa/Maman", un coloriage de son héros préféré, un câlin de Maman, une sortie en vélo etc. pas forcément un objet, l'enfant n'est pas naturellement "matérialiste" ce qui l'intéresse avant tout (normalement) c'est de recevoir de l'affection de ses parents... Donc le but est de montrer à l'enfant que quand il fait plaisir à ses parents, ses parents aussi vont avoir envie de lui faire plaisir... La base des relations sociales en somme...

Voilà, sur le papier tout ça marche plutôt bien, vous vous doutez que dans la vie de tous les jours c’est loin d’être le cas, et surtout il faut arriver à trouver quelqu’un qui va savoir mettre ça en place, (et prendre le temps de le faire) pas évident.

Bon courage et toute mon admiration à tous les parents et les professeurs qui doivent faire face au jour le jour !

6 commentaires:

Anne a dit…

Hélas! Soupir...
Tu ne veux pas t'installer par ici pour un temps? J'ai sous la main deux ou trois cas intéressants.

Stef a dit…

Merci pour ce texte passionnant et délicat. Sur le site de l'école de la miss, on met en ligne une capsule par semaine sur Mieux vivre avec le TDAH à la maison (d'après l'ouvrage de Line Massé, Martine Verreault, Claudia Verret) : http://www.ecolevalbrillant.org/

Plume a dit…

je sens que je n'ai pas fini de relire ce billet... merci Tili.

Mistinguette a dit…

Anne ! Pas question ! Elle vient d'abord chez moi !!! C'est une urgence multiple (je parle de ma classe...).
Et en plus, j'aimerais un second billet sur les moyens concrets de pratiquer ces différentes stimulations.
Merci m'dame !

Tili a dit…

Helas, Mistinguette, je ne peux pas te donner de "recette d'exercices grand public", je n'en connais pas.

Chaque enfant est unique et on ne peux pas lui faire subir toutes les rééducations/exercices "au cas où", comme justement il a des problèmes d'attention ce serait courir le risque de juste l’écœurer et le stigmatiser.

C'est pour cela qu'on commence par faire un bilan Neuropsychologique poussé...

Par contre, il y a plein de sites qui donnent des conseils aux parents et aux professeurs, qui seraient tout à fait adaptés pour toi.

Pour les parents, on commence par éviter tout ce qui va, dans l'environnement amplifier les difficultés, le rythme de vie, la régularité, le sommeil, le nombre d'heures passées devant un écran, l'alimentation etc. Et puis il faut absolument prendre en compte les problèmes psychologiques de chacun qui sont forcément associés.

Pour les professeurs on propose une façon de gérer les rythmes dans la classe, d'avertir et stimuler sur les activités etc.

Quand j'aurai un moment je chercherai des sites qui expliquent cela pour le grand public, il y a plusieurs sites Canadiens francophones qui le font vraiment bien.

Oxygène a dit…

Passionnant ! Je vais m'inspirer de tes bons conseils pour quelques jeunes gens et jeunes filles que j'ai l'honneur d'enseigner